#18/19 Édito

« La vie est un océan plein de tempête,
Etre l’enfant qui vient de naitre
Et le vieillard qui va disparaitre »
Inscription du Palais Idéal du Facteur Cheval

Il y a des matins où je pars au travail en me disant que j’ai une chance inouïe. Seule ou avec les autres, je n’ai qu’à faire ce que je sens, à imaginer des situations, chercher des réponses avec mon corps fluide, courir dans l’espace et m’arrêter comme une statue.
Je passe mon temps à danser, glisser au sol, rebondir en m’étirant, virevolter dans tous les sens, faire des nœuds de mes bras, et battre l’air de mes jambes. Je croule sous mon poids ou m’amuse de m’envoler…
Il y a des matins où l’amertume me gagne, tellement le monde tourne pas rond.

Cet édito est donc nécessaire pour dire qu’il y aura encore beaucoup de danses dans l’air, sur la terre, à construire, à partager, à transmettre, à vivre.
La danse est mon moteur et je ne peux en aucun cas laisser couler mon esprit sous les vagues de la peine et les vents de la hargne.
Depuis trente ans, je remonte sans cesse à la surface, mes bras tiennent la barre, avec l’espoir que toutes ces danses soient sublimement porteuses, qu’elles fassent surgir d’une matière brute et sèche, une idée épurée et libre.

Cette saison sera à nouveau nourrie de création, comme « Pièce à vivre », solo dans les espaces intérieurs et intimes d’appartements, de lieux de vie…
Ce nouveau solo, trente ans après le premier, a pour point commun l’espace restreint, non pas isolée comme quand je dansais sur une perche verticale, mais au plus près des autres.
Une danse chez vous, sous le regard de votre histoire, et des traces de votre vie. Une prise de risque nécessaire afin de combattre encore, raconter la vie autrement, parler de l’agitation incessante qui alimente la création au quotidien.

Mon énergie est dans le mouvement, celui qui aime à provoquer des débats, chez vous qui respirez, pensez, fabriquez le monde de demain. Passons du temps ensemble dans vos maisons, rebondissons sur vos intérieurs, vos frigos et vos tables. Car le temps presse d’échanger, d’écouter, de croiser nos idées, encore et encore.

Sylvie Guillermin

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