#17/18 Édito

« L’Art est ce qui nous permet de vivre sans sombrer dans la folie, sans exploser, sans nous transformer en blessure, en malheur, en fusil. Il est ce qui permet malgré tout à l’homme de se pardonner les imperfections de sa condition humaine. » - Jon Kalman Stefansson

Au fil des créations, au fil des recherches et des envies, au fil des choses irrésolues, au fil des danses et des mouvements en évolution, au fil des passages de gré ou de force, au fil d’une époque de l’instantané, au fil des résidences, au fil des impatiences, au fil des allers et retours, au fil des voyages en avion, en voiture, en bus, au fil des heures passées, à s’échauffer, se préparer, se concentrer, se manipuler, se tordre et se détordre, proposer, discuter, marquer, pencher, avancer, reculer, attendre et reprendre…

Au fil de tous ces fils, ondes tracées que nos pas arpentent, sans réelle visibilité, il faut se retourner, s’arrêter pour vraiment regarder, planté sur ses deux pieds, légèrement enfoncé dans son corps tendu. La lourdeur dans le sol est à accepter. Il faut la maintenir, ôter ses lunettes ou en remettre d’autres. Sentir le vent des arbres, des autres, des objets environnants.

Et là, dans cet état stagnant, statufié, comme le font les enfants et les chats, se pose mon état d’être, celui de la création. De cet arrêt volontaire, nécessaire, bloc de pierre dans le béton de mes interrogations, j’attends la faille, celle qui donne un éclat de lumière pour avancer.

Une nouvelle fenêtre s’ouvre, large et profonde, sur un champ d’exploration dont les limites sont sans détours. L’envie, le besoin, l’urgence sont toujours aussi fortement tendus vers l’expression par la créativité. Rencontrer, découvrir, et partager avec les autres sont d’une utilité vitale.

Mon interrogation est d’ordre corporel, spatial, social, politique, poétique. Je mélange mes ingrédients dans ma tête, dans mes nuits, dans mes discussions avec les gens, dans mes états de suspension, quand je fais les courses au supermarché, arrose le jardin ou observe les chats. L’amorce est donnée à la poursuite de la création qui ne peut s’arrêter.

Et notre saison démarre fort avec la création de Birds sur la Branche, en passant par le Maroc, depuis longtemps lieu d’inspirations, rencontres et confrontations. Dès notre retour, nous serons présents à Grenoble et dans l’agglomération avec nos partenaires fidèles.

Ahimsa, création pour le Défilé de la Biennale de Lyon avec les habitants du Trièves et de la Matheysine, proposera des week-ends de travail dès novembre pour aboutir à l’automne suivant. La porte est grande ouverte. C’est le moment de se lancer à l’assaut de la danse.

Notre saison sera délicieusement accompagnée des représentations de Jusque dans nos sourires et de Tempête en cuisine, notre chouchou pour les petits dans de nouveaux territoires et villes. Et je serai à nouveau au côté d’Anne Courel, pour la reprise de sa pièce Ces filles-là.

Depuis des années, il est cher à mon cœur d’accompagner des projets pour sensibiliser à la danse contemporaine, pour faire découvrir le spectacle vivant. Car, avant tout, l’Art passe par nos regards croisés, nos échanges, transmissions, fabrications. L’Art est un espace commun à tous et c’est pour cela qu’il faut s’arrêter et se retourner de temps en temps pour écouter la résonance de cette effervescence.

Sylvie Guillermin

agenda